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4. ECRITURE

SMS – Short Mercy System

Lundi 9 mars: 7h38.
Bus 334 vers le centre-ville.

En pleine heure de pointe les voyageurs étaient serrés comme des sardines dans leur boîte. Myriam, debout contre un gros type en sueur qui lisait son journal, se dit que certains en avaient aussi l’odeur. Elle essayait de se concentrer sur des choses plus positives quand elle sentit son téléphone vibrer dans son sac. Après quelques contorsions dignes du Cirque du Soleil, elle parvient à saisir son portable pour constater que le sms qu’elle venait de recevoir émanait d’un correspondant inconnu de son répertoire.

>Bonjour Myriam.
>Bonjour. C’est qui ?
La réponse fut immédiate, presque trop rapide.
>On dit plutôt : « qui est-ce ? »
>Hein ?
>Tu es une personne cultivée. Tu devrais porter plus d’attention à ta façon d’écrire, même par sms.
>Heu… Oui, soit. Alors qui est-ce ? Alice, c’est toi ma poulette ?
>Non, je ne suis pas Alice.
>Marc ? Ah ça y est j’y suis, je suis sûre que c’est toi Marco !
>Je ne suis pas Marc non-plus. Mon nom importe peu. Je n’ai plus beaucoup de temps.
>De temps pourquoi ? Allez, c’est qui ?
>Ne sors pas du bus.
>Et pourquoi ça s’il te plaît ?
>Ton arrêt est le prochain. Peu importe comment je le sais. Ne descends pas. Reste dans le bus et descend un arrêt plus tard. C’est important. Très important. Fais-moi confiance.
>Quand on est bien élevé on se présente. Tant que je ne sais pas qui tu es, tu peux toujours te gratter pour que j’écoute tes conseils.
Les doigts de Myriam volaient de touche en touche avec une dextérité digne des meilleurs pianistes. Et eux ne jouaient pas dans un bus bondé.
>Ne descend pas.
>C’est ça oui. Bonne journée.

Myriam verrouilla le clavier de son Blackberry et le fourra rageusement dans son sac. Quiconque s’amusait à ce petit jeu en paierait les conséquences quand elle aurait percé à jour son identité. La jeune femme n’aimait pas qu’on se paye sa tête, et surtout pas si tôt le matin. Elle n’aimait pas non-plus qu’on la reprenne sur sa facon d’écrire, même des sms. Elle était assistante de rédaction dans un magazine féminin. Bien écrire était sa fierté, son gagne-pain.

Elle joua des coudes pour se frayer un chemin vers la porte centrale du bus, à l’approche de son arrêt. Elle sentit son téléphone vibrer à nouveau deux courtes fois à travers le tissu de son sac à main.
Encore un sms.
La jeune femme repensa à l’étrange « discussion » qu’elle venait d’avoir en essayant de reconnaître la syntaxe d’un de ses amis. Ca ressemblait à du Marc, mais apparemment il ne s’agissait pas de lui. Peut-être Nathalie, mais elle avait la sale habitude d’abuser du « langage sms », ces messages ne lui ressemblaient donc pas. Myriam se mordillait la lèvre inférieure, signe chez elle d’une profonde concentration. A cette heure matinale, elle n’avait pas l’habitude de devoir réfléchir aussi intensément. La routine la menait invariablement de son domicile à son travail, du lundi au vendredi. Elle n’avait pas besoin de penser, en tous cas pas avant d’arriver devant la machine à café du bureau, où elle se demanderait comme chaque matin si elle pouvait s’autoriser à sucrer son café. La belle saison serait là dans quelques mois et avec elle le retour des jupes, des shorts et des complexes.

Myriam se rendit compte qu’elle était toujours dans le bus une bonne centaine de mètres après son arrêt. Elle fut d’abord prise du soupçon de panique propre aux gens qui voient leur routine matinale brisée par un évènement extérieur, avant de se rendre compte que ce n’était pas si grave. Après tout elle pourrait bien descendre au prochain arrêt et marcher un peu, pour une fois.
Par contre, l’inconnu des sms avait réussi son coup : elle était toujours à bord du véhicule. En réalisant cela, une moue contrariée se dessina sur son visage ; elle détestait qu’on la force à faire quoi que se soit. La jeune femme était tellement perdue dans ses pensées qu’en descendant du transport en commun, elle fila droit vers son lieu de travail sans prêter aucune attention au mouvement de foule autour d’elle.
Ce n’est qu’en arrivant dans le hall d’accueil du magazine qu’on l’informa qu’un terrible accident de voiture venait d’avoir lieu à deux rues de là. Un automobiliste avait perdu le contrôle de son véhicule et avait percuté un arrêt de bus très fortement fréquenté, faisant des dizaines de victimes.
Un arrêt de bus.
Son arrêt de bus.
La journée de Myriam en fut totalement bouleversée. Le reste de son existence également.

Discussion

Une réflexion sur “SMS – Short Mercy System

  1. Presque deux mois sans mouvement sur ce bout de web : honte à moi !
    Toujours pas de figs à l’horizon, mais d’autres projets avancent plutôt bien (il ne va pas s’écrire tout seul ce bouquin !). J’ai retouché à mes pinceaux pourtant, histoire de faire un break de temps en temps, mais « trop d’idées et pas assez de temps » est vraiment un adage.
    Faudrait pas que ça devienne un leitmotiv ceci dit…

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    Publié par c12 | 11 mai 2012, 10 h 43 min

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